Ontario Neurotrauma Foundation

GUIDE DE PRATIQUE CLINIQUE

POUR LA RÉADAPTATION DE LA CLIENTÈLE ADULTE
AYANT SUBI UN TCC MODÉRÉ OU GRAVE

Ontario Neurotrauma Foundation INESSS
SECTION 2: Évaluation et réadaptation des séquelles du TCC > Q. Enjeux psychosociaux et adaptation

Q. Enjeux psychosociaux et adaptation

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Il existe un large consensus selon lequel les objectifs de réadaptation devraient être personnalisés et considérés importants par les usagers, qu’ils devraient tenir compte des forces et des défis qui sont propres à chacun. Ceci implique de déterminer quel est le milieu qui convient le mieux à l’usager et de l’aider à choisir des activités productives et significatives  pour lui-même. Par conséquent, les programmes thérapeutiques devraient refléter l’individualité de la personne et le caractère unique de sa situation. Dans la sphère psychosociale, ceci inclut d’aborder les changements sur le plan de l’intimité et de la sexualité étant donné que ces changements ont une influence significative sur le comportement et les relations personnelles.

Chez l’adulte, le traumatisme craniocérébral (TCC) perturbe souvent la perception de soi, les rôles et le sentiment d’appartenance. Il est difficile de s’adapter à la condition causée par le TCC, c’est la raison pour laquelle il faut soutenir la personne par le biais d’un programme continu de réadaptation qui vise l’amélioration de la réalisation des activités de la vie quotidienne, de la productivité et de la satisfaction. Une adaptation psychosociale réussie est une condition importante permettant à la personne d’éprouver un sentiment de contrôle sur sa vie et de la trouver satisfaisante. L’amélioration des mécanismes d’adaptation est associée à l’amélioration du fonctionnement psychosocial et peut atténuer l’anxiété. Les études à ce sujet ont démontré une association positive entre la satisfaction à l’égard de la vie et la productivité/activité professionnelle et les relations personnelles. Du fait que le TCC est une condition chronique qui affectera la personne pendant le reste de sa vie, la personne a besoin de soutien afin de diminuer l’isolement, maintenir des relations sociales positives et pouvoir s’engager dans des activités productives et significatives. En retour, ceci permet d’améliorer son état psychosocial et sa qualité de vie de même que celles de ses proches. Les conséquences biopsychosociales du TCC peuvent avoir beaucoup d’impact sur la sexualité. Il faut donc s’assurer d’aborder cette question en adoptant une approche holistique afin de renforcer la perception de soi de la personne et le développement de ses relations personnelles.

Pour que la réadaptation soit vraiment un processus intégré et personnalisé, de l’information doit régulièrement circuler : cette information doit être transmise par les intervenants du réseau qui connaissent les ressources locales existantes et qui peuvent aider à effectuer les références appropriées aux fournisseurs de services. L’équipe de réadaptation devrait inclure des spécialistes en counseling en adaptation psychosociale.

Les approches et les interventions qui vont favoriser et améliorer la participation des usagers et leur bien-être émotionnel devraient être intégrées précocement dans le plan de réadaptation afin d’établir des objectifs et de faire participer la personne à des activités productives et significatives pour elle. Les gestionnaires de programme de réadaptation devraient faire en sorte que les équipes incluent des cliniciens détenant la formation pertinente, ou bien s’assurer que des références appropriées sont effectuées, afin que la sexualité, la santé sexuelle et les relations personnelles puissent être abordées et que de la formation à ce sujet soit disponible. Les responsables de la planification des services devraient comprendre l’importance que revêt le prolongement des services de réadaptation qui améliorent la participation et le bien-être de la personne dans sa communauté, longtemps après le TCC. L’amélioration de la qualité de vie, de l’adaptation et de la productivité de la personne peut également avoir un impact positif sur les proches de la personne, contribuer à réduire leur fardeau et améliorer la productivité socio-économique familiale. 

 

Exemples d'indicateurs

  • Proportion de personnes ayant subi un TCC pour lesquelles une discussion sur la sexualité couvrant les aspects physiques et psychologiques a été réalisée et documentée dans le dossier de la personne.

  • Proportion de personnes ayant subi un TCC pour lesquelles des activités pertinentes, productives et significatives sont clairement documentées dans le plan d’intervention au cours des six premières semaines suivant l'admission en réadaptation.

 

Voici des suggestions d'outils et de ressources qui peuvent être utilisés pour soutenir l’implantation des recommandations de cette section. Les professionnels de la santé doivent en tout temps respecter les dispositions légales et normatives encadrant l’exercice de leur profession, dont notamment les dispositions relatives aux champs de pratique ainsi qu’aux activités réservées ou protégées, puisque celles-ci peuvent différer d’une province à l'autre.

Outils cliniques :

Ressources pour les usagers et les proches :

Les usagers qui s’engagent dans un processus de réadaptation, qu’il soit offert dans la communauté, à domicile ou dans une installation résidentielle de transition, ont tous démontré des améliorations sur le plan de la productivité, de l’intégration sociale et de la réalisation des activités de la vie quotidienne (Hopman et coll. 2012). Goverover et coll. (2007) ont découvert que la capacité d’une personne à réaliser les activités instrumentales de la vie quotidienne (AIVQ) était plus grande et que la personne démontrait plus d’autorégulation, après avoir suivi un entrainement portant sur la prise de conscience et l’autocritique, comparativement à des interventions conventionnelles. Les relations sociales sont importantes pour l’amélioration de la satisfaction d’une personne à l’égard de sa vie (Jacobsson et Lexell 2013; Vandiver et Christofero-Snider 2000). Les résultats d’Armengol (1999) indiquent que les groupes de soutien social qui mettent de l’accent sur la formation, l’entrainement aux habiletés d’adaptation et à l’élaboration d’objectifs permettaient d’atteindre des changements positifs à l’évaluation du désespoir, entrainant ainsi un plus grand sentiment de contrôle et d’autonomisation. Les interactions sociales vécues dans les groupes de soutien par les pairs peuvent aussi permettre aux personnes ayant subi un TCC de développer un sentiment d’appartenance et d’atténuer le sentiment d’isolement. McLean et coll. (2012) ont étudié les usagers d’un centre-jour pour personnes ayant subi un TCC et ont découvert que plus d’un tiers des activités sociales et de loisirs de ces usagers avaient eu lieu à cet endroit.

L’apprentissage de mécanismes d’adaptation efficaces est également crucial. Les personnes ayant subi un TCC qui avaient adopté des styles d’adaptation non productifs ont démontré un plus faible niveau de fonctionnement psychosocial et un niveau d’anxiété plus élevé. Le résultat sur le plan du fonctionnement psychosocial est préoccupant, car il a été démontré que les personnes ayant subi un TCC avaient recours à des styles d’adaptation non-productifs autant et sinon plus qu’avant l’accident (Gregório et coll. 2014). Une étude de Cicerone et coll. (2008) a démontré que les participants à un programme intensif de réadaptation cognitive impliquant des interventions cognitives, émotionnelles, interpersonnelles et fonctionnelles avaient eu de meilleurs résultats à l’échelle de perception de qualité de vie, comparativement aux personnes qui avaient participé à un programme conventionnel de neuroréadaptation (p=0.0004).

Pendant le processus de réadaptation, on devrait promouvoir l’exercice physique et les activités de loisirs. Une étude de Driver et al (2006) indique que la participation à des exercices en groupe devrait être encouragée comme adjuvant au processus de réadaptation des personnes ayant subi une lésion cérébrale acquise (LCA) puisqu’elle favorise le sentiment de bien-être et l’estime de soi, ce qui pourrait avoir un impact positif sur les autres stratégies de réadaptation. Après avoir subi une LCA, tout exercice physique est bénéfique; ceci a été renforcé par Schwandt et coll. (2012) qui ont démontré que des exercices aérobiques (par exemple ergomètre, tapis roulant, exerciseur à la marche en position assise) mènent tous à la diminution des symptômes dépressifs, à l’amélioration de l’estime de soi et de la capacité aérobique.

La satisfaction à l’égard de la vie à la suite d’une LCA semble reliée à l’occupation d’un emploi et à l’intégration sociale (Corrigan et coll. 2001; Tennant et coll. 1995). Ces données probantes démontrent l’importance de mobiliser la réintégration vers des activités productives et significatives pour la personne, ce qui peut être accompli au moyen de la réadaptation professionnelle. Tel que les résultats de Wall et coll. (1998) le suggèrent, l’amélioration de la réussite à l’occupation d’un emploi peut être réalisée par la participation à un programme de réadaptation professionnelle basé dans le milieu et qui intègre les concepts d’ajustement au travail et d’emploi assisté. Les sujets ont démontré plus de succès et de satisfaction à l’occupation d’un emploi lorsque des techniques favorisant la confiance en soi étaient utilisées, des consignes et suggestions d’ajustement étaient fournies pour la réalisation de tâches spécifiques et qu’un conseiller en emploi était disponible pour réduire au minimum les problèmes interpersonnels (Wall et coll. 1998).

La sexualité est également en étroite relation avec l’identité d’une personne, ses relations personnelles et son estime de soi (Moreno et coll. 2013). Une baisse de l’estime de soi et la perception d’une baisse de son pouvoir d’attraction sexuelle sont des changements de personnalité considérés comme étant fréquents à la suite d’un TCC (Kreuter et coll. 1998; Kreutzer et Zasler 1989). Les personnes qui se décrivent comme « défectueuses » ou inadéquates ne s’étaient pas perçues comme étant attirantes ou ayant confiance en elles-mêmes. Elles n’avaient pas donné suite à (ou n’avaient pas reconnu) des occasions jugées sécuritaires de créer des liens ou de s’engager dans une activité sexuelle. En abordant le sujet de la sexualité avec les personnes ayant subi un TCC, il est nécessaire de le faire en adoptant une approche holistique qui englobe les éléments suivants : les effets neurophysiologiques et psychologiques, les questions d’ordre médical et physique et les facteurs liés aux relations personnelles (Moreno et coll. 2013). La complexité de ces éléments et leurs interactions doivent être bien comprises.

REFERENCES
Armengol, C. G. (1999). A multimodal support group with Hispanic traumatic brain injury survivors. J Head Trauma Rehabil, 14(3), 233-246.

Cicerone, K. D., Mott, T., Azulay, J., Sharlow-Galella, M. A., Ellmo, W. J., Paradise, S., & Friel, J. C. (2008). A randomized controlled trial of holistic neuropsychologic rehabilitation after traumatic brain injury. Arch Phys Med Rehabil, 89(12), 2239-2249.

Corrigan, J. D., Bogner, J. A., Mysiw, W. J., Clinchot, D., & Fugate, L. (2001). Life satisfaction after traumatic brain injury. J Head Trauma Rehabil, 16(6), 543-555.

Driver, S., Rees, K., O'Connor, J., & Lox, C. (2006). Aquatics, health-promoting self-care behaviours and adults with brain injuries. Brain Inj, 20(2), 133-141.

Goverover, Y., Johnston, M. V., Toglia, J., & Deluca, J. (2007). Treatment to improve self-awareness in persons with acquired brain injury. Brain Inj, 21(9), 913-923.

Gregorio, G. W., Gould, K. R., Spitz, G., van Heugten, C. M., & Ponsford, J. L. (2014). Changes in self-reported pre- to postinjury coping styles in the first 3 years after traumatic brain injury and the effects on psychosocial and emotional functioning and quality of life. J Head Trauma Rehabil, 29(3), E43-53.

Hopman, K., Tate, R. L., & McCluskey, A. (2012). Community-based rehabilitation following brain injury: Comparison of a transitional living program and a home-based program. Brain Impairment, 13(1), 44-61.

Jacobsson, L., & Lexell, J. (2013). Life satisfaction 6-15 years after a traumatic brain injury. J Rehabil Med, 45(10), 1010-1015.

Kreuter, M., Dahllof, A. G., Gudjonsson, G., Sullivan, M., & Siosteen, A. (1998). Sexual adjustment and its predictors after traumatic brain injury. Brain Inj, 12(5), 349-368.

Kreutzer, J. S., & Zasler, N. D. (1989). Psychosexual consequences of traumatic brain injury: methodology and preliminary findings. Brain Inj, 3(2), 177-186.

McLean, A. M., Jarus, T., Hubley, A. M., & Jongbloed, L. (2012). Differences in social participation between individuals who do and do not attend brain injury drop-in centres: A preliminary study. Brain Injury, 26(1), 83-94.

Moreno, J. A., Arango Lasprilla, J. C., Gan, C., & McKerral, M. (2013). Sexuality after traumatic brain injury: a critical review. NeuroRehabilitation, 32(1), 69-85.

Schwandt, M., Harris, J. E., Thomas, S., Keightley, M., Snaiderman, A., & Colantonio, A. (2012). Feasibility and effect of aerobic exercise for lowering depressive symptoms among individuals with traumatic brain injury: a pilot study. J Head Trauma Rehabil, 27(2), 99-103.

Tennant, A., Macdermott, N., & Neary, D. (1995). The long-term outcome of head injury: implications for service planning. Brain Inj, 9(6), 595-605.

Vandiver, V. L., & Christofero-Snider, C. . (2000). TBI club: A psychosocial support group for adults with traumatic brain injury. J Cogn Rehabil, 18(4), 22-27.

Wall, J. R., Rosenthal, M., & Niemczura, J. G. (1998). Community-based training after acquired brain injury: preliminary findings. Brain Inj, 12(3), 215-224.

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Q1. Enjeux psychosociaux et adaptation

P Prioritaire F Fondamentale Nouvelle Niveaux de preuve A B C
Q 1.1 P C

Les programmes de réadaptation visant l’amélioration de l’adaptation sociale et le sentiment de bien-être après un traumatisme craniocérébral devraient encourager activement la pratique d’exercices physiques, les activités de loisirs, l’autorégulation, les stratégies d’adaptation et la participation à des groupes d’entraide.

(INESSS-ONF, 2015)

Q 1.2 P C

La participation à une activité que la personne ayant subi un traumatisme craniocérébral perçoit comme étant pertinente, productive et significative, y compris un travail, devrait être intégrée le plus tôt possible dans son plan d’intervention en tenant compte de ses capacités actuelles.

(INESSS-ONF, 2015)

Q 1.3 P C

Une discussion portant sur la sexualité devrait être menée avec la personne ayant subi un traumatisme craniocérébral. Elle devrait être amorcée par un intervenant détenant une formation pertinente et couvrir les aspects suivants de la sexualité :

  • Aspects physiques (p. ex. les positions, les déficits sensoriels, la dysfonction érectile, les médicaments, l’interruption du cycle menstruel);

  • Aspects psychologiques (p. ex. la communication, les peurs, les changements de rôles, la désinhibition, les menaces à la sécurité et les sentiments liés au pouvoir d’attraction).

(Adapté de NZGG 2006, 6.5, p. 113)

Q 1.4 C

L’information et les interventions offertes à la personne ayant subi un traumatisme craniocérébral et portant sur la sexualité devraient tenir compte de l’origine culturelle, du sexe, de l’âge et de l’orientation sexuelle de la personne.

(INESSS-ONF, 2015)

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