Ontario Neurotrauma Foundation

GUIDE DE PRATIQUE CLINIQUE

POUR LA RÉADAPTATION DE LA CLIENTÈLE ADULTE
AYANT SUBI UN TCC MODÉRÉ OU GRAVE

Ontario Neurotrauma Foundation INESSS
SECTION 2: Évaluation et réadaptation des séquelles du TCC > S. Troubles d’utilisation de substances

S. Troubles d’utilisation de substances

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Plusieurs études rapportent qu’une proportion élevée de personnes ayant subi un traumatisme craniocérébral (TCC) présentaient des antécédents d’abus de substances avant que survienne leur traumatisme, suggérant ainsi que l’utilisation de substances augmente le risque de subir un TCC. Des études démontrent aussi que de continuer à utiliser des substances après le TCC entraine des effets négatifs pour la récupération et la réadaptation. La consommation d’alcool et de drogues peut amplifier les troubles cognitifs, sensoriels, moteurs, communicationnels, de comportement et d’humeur associés au TCC. À leur tour, ces troubles peuvent retarder le processus de récupération et prolonger la période de réadaptation. Les interventions prévues aux programmes de réadaptation doivent précocement aborder ces problèmes et mettre en place tous les éléments requis afin d’essayer de limiter autant que possible la consommation d’alcool et de drogues, étant donné que des études rapportent une augmentation du risque de reprise de l’utilisation de substances après la réadaptation. Le dépistage de l’utilisation de substances devrait être effectué dès que possible chez la personne ayant subi un TCC. De la formation visant la prévention de toute consommation d’alcool ou de drogues devrait être fournie à l’usager et ses proches, à plusieurs reprises pendant la phase de réadaptation. Des interventions de réadaptation devraient être planifiées afin d’aborder simultanément les troubles de l’utilisation de substances et les déficits reliés au TCC. Si une rechute survient pendant la réadaptation, les efforts devraient viser à réduire au minimum ses effets sur le processus de réadaptation. Des données probantes existent pour soutenir l’utilisation de l’entrevue motivationnelle et d’interventions qui lui sont liées, lorsqu’on traite de ce problème. Des incitatifs financiers apparaissent également efficaces pour améliorer l’observance aux traitements d’abus de substances. Les interventions doivent être mises en place de manière concomitante avec les interventions de réadaptation du traumatisme et non pas être planifiées séparément, ceci afin de mieux soutenir la réussite d’une intégration fonctionnelle à long terme. 

Dans le contexte du TCC, les troubles de l’utilisation de substances posent des défis particuliers qui nécessitent que les spécialistes de la réadaptation en connaissent bien les interactions potentielles et les effets; ils doivent notamment en tenir compte lors de leurs évaluations et lorsqu’ils planifient leurs interventions. Les programmes de réadaptation devraient avoir mis en place des protocoles et des procédures pour gérer les troubles de comportement qui peuvent survenir dans les unités de réadaptation. Les programmes de réadaptation pour les TCC devraient compter sur des professionnels désignés et spécialement formés pour superviser les objectifs de réadaptation visant la gestion de l’utilisation de substances, ou bien avoir accès à des ressources externes spécialisées disponibles au besoin.

Il est important que les intervenants pour lesquels cela est pertinent puissent obtenir de la formation  sur la méthode d’entrevue motivationnelle et sur d’autres stratégies d’interventions en matière d’abus de substances. 

 

 

Exemples d'indicateurs

  • Proportion de personnes ayant subi un TCC qui ont été dépistées pour les antécédents de consommation, l’intoxication au moment de l’accident et la consommation actuelle.

 

Voici des suggestions d'outils et de ressources qui peuvent être utilisés pour soutenir l’implantation des recommandations de cette section. Les professionnels de la santé doivent en tout temps respecter les dispositions légales et normatives encadrant l’exercice de leur profession, dont notamment les dispositions relatives aux champs de pratique ainsi qu’aux activités réservées ou protégées, puisque celles-ci peuvent différer d’une province à l'autre.

Outils cliniques :

Ressources pour les usagers et les proches :

Autre ressource :

Actuellement, il existe une grande variation des taux d’abus de substances rapportés dans les populations de personnes ayant subi un TCC. Des taux variant entre 11,5% et 49% de prévalence d’abus d’alcool antérieur au trauma ont été rapportés (Andelic et coll. 2010; Bombardier et coll. 2002; Kwok et coll. 2013; Ponsford et coll. 2007), alors que pour la consommation de drogues illégales, ces taux variaient entre 30 et 38% (Bombardier et coll. 2002; Kwok et coll. 2013). Après le traumatisme, même de petites quantités d’alcool peuvent entrainer  des troubles cognitifs plus significatifs, alors que l’usager est en train de cheminer dans son processus de récupération (Tweedly et coll. 2012). Des études indiquent que la consommation de substances diminue pendant la première année après le traumatisme (Bombardier et coll. 2003; Jorge 2005; Kelly et coll. 1997; Ponsford et coll. 2007), mais que les usagers qui se sont remis à boire deux ans après le traumatisme vont vraisemblablement en consommer en plus grande quantité qu’avant le traumatisme, boire avec excès, et deviendront dépendants de l’alcool (Bombardier et coll. 2002; Ponsford et coll. 2007). Il est important que le dépistage soit effectué auprès des personnes ayant subi un TCC et que la prise en charge soit effectuée de manière appropriée, car continuer à consommer peut entrainer des effets négatifs sur la récupération.

La dépendance à l’alcool accentuant les troubles sensoriels, moteurs, cognitifs et communicationnels après un TCC,  plusieurs usagers ont passé plus de temps dans les programmes de réadaptation (Wehman et coll. 2000). La participation à la réadaptation interne dissuade ou prévient la consommation de substances puisque les usagers sont étroitement surveillés pendant cette phase (Bjork & Grant 2009).  Cependant, une fois leur congé obtenu, cette surveillance n’existe plus et les usagers peuvent reprendre leurs anciennes habitudes. Pour cette raison, il est important que la gestion de cet enjeu soit effectuée conjointement avec la réadaptation et intégrée dans le plan de réadaptation.

Plusieurs études ont analysé les interventions portant sur l’utilisation de substances, par exemple l’entrevue motivationnelle (Ponsford et coll. 2012; Sander et coll. 2012; Tweedly et coll. 2012). Dans une étude menée par Corrigan et Bogner (2007), des sujets présentant un diagnostic d’abus de substances ont été aléatoirement assignés à l’un de trois groupes. Toutes les interventions ont été réalisées au moyen d’une entrevue téléphonique. Les trois interventions comparées étaient les suivantes : 1) offre d’un incitatif financier pour ne pas manquer de rendez-vous, 2) diminution des obstacles logistiques pour faciliter la présence aux rendez-vous, 3) groupe témoin. Les résultats ont démontré que l’offre d’un incitatif financier avait été plus efficace pour promouvoir l’observance aux rendez-vous que n’importe quelle des interventions visant à diminuer les obstacles logistiques.

Corrigan et coll. (2005) ont comparé trois méthodes visant à augmenter la participation aux séances de traitement des troubles de l’utilisation de substances pour les personnes ayant subi un TCC. Cent quatre-vingt-quinze (195) participants ont été assignés aléatoirement à l’un de ces quatre groupes : a) entrevue motivationnelle, b) diminution des obstacles à la participation, 3) incitatif financier, 4) groupe témoin. Quatre intervieweurs ont mené des interventions téléphoniques brèves et structurées visant à identifier les délais encourus par l’usager pour signer son engagement dans un plan de services individualisé. Les participants assignés au groupe de réduction des obstacles (74%) et ceux assignés à l’incitatif financier (83%) avaient été plus susceptibles de signer leur contrat dans les 30 jours suivant l’entrevue, comparativement à ceux du groupe d’entrevue motivationnelle (45%) et au groupe témoin (45%). Des résultats similaires ont été observés pour les délais de signature, l’observance parfaite des rendez-vous et la cessation prématurée pendant les six mois suivants. L’étendue des symptômes psychiatriques était la seule covariable significative.

Dans une étude randomisée, Corrigan et al. (2007) ont comparé deux méthodes visant à améliorer la rétention au programme de traitement des troubles de l’utilisation de substances pour les personnes ayant subi un TCC. Les résultats ont encore démontré que l’offre d’un incitatif financier avait été très efficace pour favoriser la participation précoce et semblait avoir facilité l’éventuelle complétion du programme. La diminution des obstacles logistiques n’a pas amélioré de façon significative la participation ou la complétion du programme. Il a été conclu que l’offre précoce d’un incitatif financier dans un programme de traitement des troubles de l’utilisation de substances améliore substantiellement la participation et diminue les risques de cessation prématurée. Le fondement de cet effet semble impliquer la présence d’un élément qui va au-delà de l’enrichissement de l’alliance thérapeutique. Des incitatifs concrets peuvent fournir des opportunités d’utiliser avec succès des règles de renforcement des comportements généralisables à d’autres volets du contrôle de l’impulsivité.

REFERENCES
Andelic, N., Jerstad, T., Sigurdardottir, S., Schanke, A.-K., Sandvik, L., & Roe, C. (2010). Effects of acute substance use and pre-injury substance abuse on traumatic brain injury severity in adults admitted to a trauma centre. J Trauma Manag Outcomes, 4, 6-6.

Bjork, J. M., & Grant, S. J. (2009). Does traumatic brain injury increase risk for substance abuse? J Neurotrauma, 26(7), 1077-1082.

Bombardier, C. H., Rimmele, C. T., & Zintel, H. (2002). The magnitude and correlates of alcohol and drug use before traumatic brain injury. Arch Phys Med Rehabil, 83(12), 1765-1773.

Bombardier, C. H., Temkin, N. R., Machamer, J., & Dikmen, S. S. (2003). The natural history of drinking and alcohol-related problems after traumatic brain injury. Arch Phys Med Rehabil, 84(2), 185-191.

Corrigan, J. D., & Bogner, J. (2007). Interventions to promote retention in substance abuse treatment. Brain Inj, 21(4), 343-356.

Corrigan, J. D., Bogner, J., Lamb-Hart, G., Heinemann, A. W., & Moore, D. (2005). Increasing substance abuse treatment compliance for persons with traumatic brain injury. Psychol Addict Behav, 19(2), 131-139.

Corrigan, J. D. (unknown year). Substance Use Disorders Following Traumatic Brain Injury. https://osuwmcdigital.osu.edu/sitetool/sites/ohiovalleypublic/documents/OSU_Sub_Abuse_Final.pdf

Jorge, R. E. (2005). Neuropsychiatric consequences of traumatic brain injury: a review of recent findings. Curr Opin Psychiatry, 18(3), 289-299.

Kelly, M. P., Johnson, C. T., Knoller, N., Drubach, D. A., & Winslow, M. M. (1997). Substance abuse, traumatic brain injury and neuropsychological outcome. Brain Inj, 11(6), 391-402.

Kwok, C., McIntyre, A., Janzen, S., Sequeira, K., & Teasell, R. (2013). Drug and alcohol abuse among individuals with acquired brain injury. . CJAM, 4(2), 14-19.

Ponsford, J., Tweedly, L., Lee, N., & Taffe, J. (2012). Who responds better? Factors influencing a positive response to brief alcohol interventions for individuals with traumatic brain injury. J Head Trauma Rehabil, 27(5), 342-348.

Ponsford, J., Whelan-Goodinson, R., & Bahar-Fuchs, A. (2007). Alcohol and drug use following traumatic brain injury: a prospective study. Brain Inj, 21(13-14), 1385-1392.

Sander, A. M., Bogner, J., Nick, T. G., Clark, A. N., Corrigan, J. D., & Rozzell, M. (2012). A randomized controlled trial of brief intervention for problem alcohol use in persons with traumatic brain injury. J Head Trauma Rehabil, 27(5), 319-330.

Tweedly, L., Ponsford, J., & Lee, N. (2012). Investigation of the effectiveness of brief interventions to reduce alcohol consumption following traumatic brain injury. J Head Trauma Rehabil, 27(5), 331-341.

Wehman, P., Targett, P., Yasuda, S., & Brown, T. (2000). Return to work for individuals with TBI and a history of substance abuse. NeuroRehabilitation, 15(1), 71-77.

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S1. Évaluation des troubles d'utilisation de substances

P Prioritaire F Fondamentale Nouvelle Niveaux de preuve A B C
S 1.1 P C

Le dépistage en lien avec l’utilisation de substances (antécédents, intoxication au moment de l’accident et consommation actuelle) devrait être effectué chez toute personne ayant subi un traumatisme craniocérébral. Un outil de dépistage approprié devrait être employé tout au long du continuum de services. Un dépistage positif devrait mener vers une évaluation complète par un professionnel qualifié.

(INESSS-ONF, 2015)

RÉFÉRENCE :

- Ponsford et al. (2007)

S 1.2 C

De l’information et de la formation devraient être dispensées aux intervenants des programmes pour les troubles d’utilisation d’alcool et de substances concernant le traumatisme craniocérébral, les séquelles qui y sont associées de même que ses effets sur la consommation.

(Adapté de NZGG 2006, 14.3, p. 170)

S2. Gestion des troubles d'utilisation de substances

P Prioritaire F Fondamentale Nouvelle Niveaux de preuve A B C
S 2.1 C

La gestion des troubles concomitants d’utilisation de substances devrait s’effectuer simultanément à la prise en charge du traumatisme craniocérébral (TCC) et non de manière séquentielle. Les objectifs et les interventions liés à l’utilisation de substances devraient être intégrés au plan de réadaptation du TCC.

(INESSS-ONF, 2015)

S 2.2 C

L’abus de substances ne devrait pas être un critère d’exclusion d’un programme de réadaptation pour les traumatismes craniocérébraux. Les interventions devraient être maintenues tout en visant à réduire les dommages et à assurer la sécurité de la personne qui continue à consommer.

(INESSS-ONF, 2015)

S 2.3 B

Les intervenants devraient utiliser des incitatifs au traitement afin d’aider la personne ayant subi un traumatisme craniocérébral qui présente aussi un trouble d’utilisation de substances à s’engager efficacement dans le processus de réadaptation.

(INESSS-ONF, 2015)

RÉFÉRENCES :

- Corrigan et al. (2005)
- Corrigan and Bogner (2007)

S 2.4 P C

La prévention secondaire des troubles d’utilisation de substances après un traumatisme craniocérébral (TCC) devrait être entreprise sous forme d’information et de conseils. De la documentation devrait être fournie à la personne ayant subi un TCC et à ses proches tant sous forme écrite que verbale. Cette information devrait être présentée au moment opportun, idéalement dès que la confusion post-traumatique s’est résorbée, et se poursuivre tout au long du continuum de services.

(INESSS-ONF, 2015)

RÉFÉRENCE :

- Corrigan (année inconnue)

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